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Le pari risqué de Larry Ellison : Oracle mise tout sur OpenAI. Cela portera-t-il ses fruits ou fera-t-il éclater la bulle de l'IA ?
L'action Oracle chute après qu'OpenAI a manqué ses objectifs de revenus

Le , par Mathis Lucas

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Les analystes doutent de plus en plus de la solidité du grand pari d'Oracle sur OpenAI. L'entreprise de Larry Ellison a réorienté toute sa stratégie vers l'IA afin de contrer le déclin de ses activités historiques. Celle-ci a conclu un contrat géant de 300 milliards de dollars avec OpenAI, se positionnant comme un pilier en infrastructure malgré de gros risques financiers. Les rapports soulignent des menaces majeures liées aux retards de construction, à l'instabilité géopolitique et aux controverses éthiques sur la surveillance de masse. Oracle joue ainsi son avenir sur une bulle technologique incertaine, dont l'éclatement pourrait provoquer un véritable désastre.

Larry Ellison, le cofondateur milliardaire d'Oracle, a décidé de jeter toutes les forces de son entreprise dans une course effrénée vers l'IA. Cependant, ce revirement brutal est perçu par certains observateurs de l'industrie comme « le caprice d'un homme qui s'ennuie et refuse de vieillir », cherchant désespérément à rattraper son retard historique sur le cloud, un domaine qu'il avait lui-même moqué avant de se faire distancer par Amazon et Microsoft.

En délaissant son activité historique de bases de données, certes à faible croissance, mais hautement rentable, pour se lancer dans la construction d'infrastructures de cloud à faible marge et à forte intensité capitalistique, Oracle s'endette, avec 43 milliards de dollars contractés pour la seule année fiscale 2026.

Oracle ne développe pas de modèles d'IA comme OpenAI ou Anthropic. Et ce n'est pas tout à fait un « néocloud », même s'il s'est lancé dans le même secteur du bare metal que CoreWeave. Big Red est en effet nettement plus ancien que tous ses concurrents dans le domaine de l'IA, à l'exception de Microsoft, et a décidé que son avenir passait par un contrat informatique colossal avec OpenAI, un laboratoire d'IA qui ne génère pas de bénéfices.

Pacte faustien avec un OpenAI en proie à une instabilité chronique

Le cœur de la stratégie d'Oracle repose sur un accord colossal de 300 milliards de dollars avec OpenAI, une société qui, malgré sa notoriété, ne dégage aucun profit et se comporte comme une véritable fournaise financière. En liant son destin à celui de Sam Altman, décrit par comme « un menteur sociopathe » au milieu d'une culture d'entreprise chaotique marquée par des démissions massives de cadres, Oracle perd le contrôle de son propre avenir.


La capacité d'OpenAI à respecter ses engagements envers Oracle dépend largement des fonds qu'il parviendra à lever et de la rapidité avec laquelle il pourra devenir rentable. Le risque pour Oracle est de devoir investir des sommes considérables dans la construction de centres de données pour OpenAI, pour finalement se retrouver dans une situation où OpenAI serait incapable de lui verser les 300 milliards de dollars prévus dans leur contrat.

Plus inquiétant encore, OpenAI utilise en réalité la cote de crédit d'Oracle pour financer ses besoins en matière d'infrastructures cloud, alors même qu'Oracle possède la note la plus basse parmi les géants du secteur et une dette de plus en plus lourde. Selon les analystes, si OpenAI ne parvient pas à devenir rentable ou à honorer ses contrats, « Oracle se retrouvera avec des centres de données surdimensionnés et une ardoise monumentale ».

La stratégie d'OpenAI laisse entrevoir une vision bien précise : « ce n'est pas dans l'entraînement des modèles de base que réside le véritable potentiel de rentabilité ». Le véritable profit réside dans l'inférence, c'est-à-dire l'utilisation de modèles d'IA pour produire des résultats à partir de données qui ne figurent pas dans l'ensemble d'entraînement. Toutefois, le chemin pour atteindre cette rentabilité reste flou alors que la bulle continue de grandir.

Infrastructures : une exécution logistique et financière périlleuse

La concrétisation des ambitions d'Oracle se heurte à des réalités physiques et économiques brutales, car la construction des cinq mégas centres de données promis, nécessitant une puissance électrique supérieure à celle de tous les foyers de Chicago réunis, accuse déjà des retards importants. Contrairement à ses rivaux, Oracle ne construit pas ses propres centres, mais les loue à des tiers inexpérimentés, multipliant les risques opérationnels.

Sur le plan financier, la situation est plus alarmante : l'entreprise affiche un flux de trésorerie disponible négatif après avoir dépensé 39 milliards de dollars en investissements rien qu'au troisième trimestre 2026. Le marché obligataire ne s'y trompe pas, traitant parfois les titres d'Oracle comme des actifs à haut risque alors que les coûts d'assurance contre le défaut de paiement de l'entreprise deviennent un baromètre de la bulle de l'IA.

Pourquoi faire ce pari fou sur OpenAI ? Eh bien, selon Paul Kedrosky, un investisseur de longue date chez SK Ventures, Larry Ellison s'ennuyait. « C'est l'histoire de Larry depuis toujours », explique Paul Kedrosky. « Chaque fois qu'il partait faire de la voile, il disait : « cette entreprise n'est plus aussi amusante qu'avant. Concrètement, l'entreprise traditionnelle est à faible croissance et à forte marge, et cela lui donne l'impression d'être vieux et ringard ».

Wall Street veut miser sur l'IA, mais ne peut pas parier sur OpenAI, car cette entreprise n'est pas encore cotée en bourse. Microsoft et Oracle servent donc de portes d'entrée. Mais l'activité de Microsoft est plus complexe. Oracle, en revanche, plus simple. Cette lisibilité fait d'Oracle un baromètre de l'ensemble du boom de l'IA : ses swaps sur défaillance de crédit révèlent combien de personnes doutent de sa capacité à rembourser ses dettes à temps.

Obstacles géopolitiques et montée de la résistance citoyenne

Au-delà des finances, Oracle fait face à une opposition croissante des communautés locales et à une instabilité mondiale qui menacent ses chantiers. Au Nouveau-Mexique et dans le Wisconsin, des poursuites judiciaires et des manifestations citoyennes ralentissent les projets en raison de leur impact environnemental dévastateur, l'un des centres de données devant émettre plus de gaz à effet de serre que les deux plus grandes villes de l'État réunies.

Parallèlement, le conflit au Moyen-Orient et les tensions avec l'Iran font peser des risques majeurs sur les chaînes d'approvisionnement en hélium et en aluminium, essentiels aux serveurs, tout en exposant les infrastructures existantes d'Oracle à Dubaï à des frappes potentielles. Ces imprévus pourraient provoquer une crise de liquidités fatale si les revenus futurs ne matérialisent pas assez vite pour couvrir les échéances de remboursement fixes.

La vision sombre d'un État de surveillance généralisée

Le futur que dessine Larry Ellison pour Oracle est loin d'être une simple révolution technologique bénéfique pour tous ; il s'agit d'une vision inquiétante de « gouvernance par base de données ». Ce projet lui vaut des critiques. En courtisant des gouvernements autoritaires et en vantant un monde où l'IA surveillerait constamment les citoyens pour assurer leur « bon comportement », Larry Ellison positionne Oracle comme un outil de contrôle social.

Le concept de "cloud souverain" et l'utilisation de données privées sensibles, comme les dossiers médicaux, pour entraîner des agents d'IA visent à créer un verrouillage technologique total où les clients, une fois leurs données intégrées, ne peuvent plus quitter l'écosystème sans tout perdre. Si ce projet ne sauve pas financièrement Oracle, il risque surtout de transformer l'entreprise en un pilier technologique d'une surveillance autoritaire décomplexée.

Cette vision dystopique se concrétise par le déploiement de caméras corporelles Oracle pour les forces de l'ordre, conçues pour ne jamais s'éteindre réellement, même lorsque l'officier demande une pause privée. Bien qu'Oracle prétende que ces enregistrements sont protégés et nécessitent une ordonnance judiciaire pour être consultés, une IA resterait en permanence à l'écoute et à l'affût, créant un système de surveillance de masse très intrusif.

L'objectif de Larry Ellison est de transformer la société en un espace où la présence invisible, mais constante de la technologie dicte la norme sociale par la peur ou la conscience d'être observé. À en croire le milliardaire, la fragmentation actuelle des informations étatiques est un obstacle que l'IA doit surmonter en unifiant ces données hautement sensibles pour les rendre facilement consommables par des modèles de raisonnement automatisés.

Le verrouillage technologique et l'érosion des contre-pouvoirs

Le danger majeur de cette hégémonie réside dans la capacité d'Oracle à instaurer un verrouillage total, transformant son...
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